21.02.2007

Pas toi?

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… Elle se retourne vers moi, l’air triste les yeux rêveur et me dit : Les vieillards m’ont toujours émus … je ne sais pas pourquoi … quand j’en vois, j’ai pitié, j’ai les larmes aux yeux … pas les vielles femmes… non, les hommes… je ne sais pas pourquoi.

 

Comme je ne répondais pas elle me fixe des yeux et me demande : pas toi?

 

Je n’ai jamais aimé le déballage de sentiments … mais encore là le mot aimé ne me semble pas approprié, je n’ai jamais pu, su… faire du déballage de sentiments, ça me gène, ça me met mal à l’aise … j’ai des envie de fuir … et c’est ce que je fais. Fuir, fuir et ne pas répondre, mais fuir non en courant mais en rigolant … oui la taquinerie, la dérision, la blague, mènent plus vite, plus loin que les meilleurs jambes chaussées des meilleurs godasses.

 

Aujourd’hui sa question me revient à l’esprit, pas toi? En regardant ce vielle-homme monter péniblement le bus, marcher péniblement entre les passagers, s’asseoir péniblement à la place que gentiment on lui cède, ramener péniblement sa canne contre lui, et lever péniblement son regard vers les autres. Pourquoi les hommes et non les femmes lui font-ils pitié? Elle disait elle-même qu’elle ne savait pas, elle constatait mais ne pouvait comprendre … et tout à coup je compris, c’était criant de clarté, oui seul les hommes vieux et courbés peuvent émouvoir, oui, oui vus comme ça je comprends.

 

C’était là devant mes yeux, dans ses yeux à lui, ses yeux d’octogénaire, il avait un regard... comment vous dire? fatigué? lassé? abatue?... non, c'etait plus profond: il avait le regard de celui qui as eu le monde entre ses mains, qui y a régné, de celui qui a abatue les obstacles devant lui, de celui qui a crue en sa force qui l'a porté à bout de bras .... et qui un jour l'a laché... il avait un regard plein d'histoires, d'histoire de bravoure, d'histoires de vie... il avait le regard de celui qu'on a jadis écouté, craint et respecté, qu'on a aujourd'hui aidé, supporté et des fois même ignoré.

 

Il avait dans les yeux cette quête qu'on le regarde comme jadis on le voyait, cet espoire de retrouver ce reflet de lui même qu'il connaissait et non celui auquel il ne peut s'habituer ... il avait ce regard ... et je comprenais enfin ce que mon amie me disait.  

 

Commentaires

Bonjour !!!

Je passais par hasard, je trouve ton univers tres interessan, je reviendrai te lire avec beaucoup de plaisir !!!


a tres bientot !!!

Écrit par : nico | 21.02.2007

Peut être parce qu'on a dans notre esprit l'image de l'homme toujours fort et vigoureux et que quand cet homme vieillit on a l'impression qu'il est diminué, plus fragile on a alors pitié.Alors qu'une femme (toujours dans nos esprits) est et sera toujours une personne fragile, je ne suis pas psy :) mais c'est mon avis.

Écrit par : sassou | 21.02.2007

Les vieux

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux
Même riches ils sont pauvres, ils n'ont plus d'illusions et n'ont qu'un coeur pour deux.
Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d'antan
Que l'on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps
Est-ce d'avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d'hier
Et d'avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières
Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends

Les vieux ne rêvent p!us, leurs livres s'ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
Et s'ils sortent encore, bras dessus bras dessous, tout habillés de raide
C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux, l'enterrement d'une plus laide
Et le temps d'un sanglot, oublier toute une heure la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, et puis qui les attend

Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l'autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n'importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s'excusant déjà de n'être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit : je t'attends
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend

Jacques Brel - 1963

Écrit par : mohamed | 21.02.2007

bonsoir

moi je pense que la femme a etait marquée quand elle était petite de la presence d'une personne agé de sexe masculin protectrice qui lui rappelle un certains amours et chaleurs dont elle avait été entouré.
et bien je ne suis pas moi aussi un psy , mais y'a toujours une explication , y'a toujours une raison.


allez bonne soirée

Écrit par : admin_word | 21.02.2007

@Nico: merci de ton passage et au plaisir de te voir encore chez moi :)

@Sassou: je ne sais pas, oui peut être...
peut être aussi que la femme passe sa vie à vouloir s'infirmer et que avec l'age elle prend de l'assurance et que l'homme en perd... je ne sais pas j'ai tenté une explication d'une réplique qui m'avait marqué.

personnellement je n'aime pas avoir pitié, les gens peuvent m'emouvoir mais je deteste la pitié, surtout que la majorité du temps c'est un sentiment complètement injustifié.

@Mohamed: merci merci, j'adore cette chanson (comme toutes celles de Brel) et je l'avais oublié, merci de me la rappeller :)

Écrit par : Kenza | 21.02.2007

Au fait c'est une question très philosophique qu'elle pose et pas facile de tout d'y répondre: Pourquoi les Vieux et pas les vielles qui lui font pitié ?

A mon avis, le Femme, le Mère, la Vieille, la Faible, la Tendre, la Gentille trouve beaucoup plus facilement toujours quelqu'un pour l'aider pour l'assister pour la soutenir, tandis que l'Homme, le Père, le Vieux, le Fort, le Dur, l'Aguerri et l'orgueilleux même au besoin ne demandera l'assistance et le soutien de personne.

Ce grand bébé qui a besoin de nous, ne nous l'exprimera jamais et notre pitié sera pour celui qui fut un jour un roi déchu et comme le dit Kenza "il avait le regard de celui qui a eu le monde entre ses mains, qui y a régné, de celui qui a abattu les obstacles devant lui, de celui qui a cru en sa force qui l'a porté à bout de bras"

Écrit par : Téméraire | 21.02.2007

Ken,
Desolee ca n'a rien a voir avec le sujet du jour, mais on m'a fait decouvrir ce lien vers un site quebecois et je suis morte de rire!! Peut etre que tu connais deja, mais moi j'avoue, les sketches en quebecois, je m'en lasse pas!

http://www.tetesaclaques.tv/

à voir en priorité :
* le Willi Waller
* Le Pilote et Le Pilote Part 2
* Halloween

Biz

Écrit par : Hynd | 21.02.2007

Le portrait que tu dresses est criant de vérité, ce n’est pas de la pitié que je ressens envers ce monsieur mais l’émotion me submerge.

J’ai longtemps été obsédé par l’idée que tout avait une fin et j’en étais même arrivé à la conclusion que rien ne servait d’entreprendre si rien ne durait. Mais j’ai appris à profiter de l’instant présent et qu’au final, le bonheur se trouve non pas à l’arrivée mais dans le chemin qui y mène.

Le vieil homme avec son dos courbé mais son œil vif fait finalement plaisir à voir s’il garde dans son corps le souvenir du chemin parcouru. Il est peut être triste que les gens autour de lui ne puissent pas partager ses moments de bonheur volés au destin. Ce sont ceux qui décident de l’ignorer qui sont les vrais perdants

PS : merci

Écrit par : karim Bekouchi | 21.02.2007

@temeraire: Une question philosophique?? oui pourquoi pas
je pense surtout que chacun vas mettre dans sa réponses ses craintes ou ses espoirs :)
Merci de ta visite et de tes commentaires

@Hynd: oui je connais je les mettrais probablement en lien un de ces jours :)

@Karim: je t'envoie à un de mes premiers post (une citation en fait) à l'époque ou personne ne me lisait encore :)
http://murmures.hautetfort.com/archive/2006/07/19/le-voyage-d-une-vie.html

Je pense que cela résume pas mal ce que tu viens de dire

PS: merci à toi ;)

Écrit par : Kenza | 21.02.2007

Joli!
Mwah

Écrit par : Loula | 22.02.2007

Ça me touche particulièrement ce que tu écris aujourd’hui.
Au-delà du fait que tu as une jolie plume (soit dit en passant), le sujet me parle.
Car j’ai aussi ce sentiment de pitié en regardant les vieillards (hommes et femmes, mais plus les hommes aussi). Perclus et comme recroquevillés…
Je me prends aussi à les regarder comme Dieu le ferait. Et je sais qu’il a pitié.
Nous ne sommes pas faits pour vieillir.

Écrit par : Lilia | 22.02.2007

@Loula : merci et mwah à toi aussi

@Lilia: contente que cela te plaise et merci du compliment
sommes nous fais pour veillir? question bien profonde.
Je me permet tout de même de ne pas être d'accord avec toi, nous sommes fait pour veillir, car notre côté ephémère est une de nos plus belles facettes, une des plus touchante, des plus émouvante... une de celles qui nous poussent à vivre pleinement, à créer, à aller de l'avant, .... et ensuite à se retourner derrière nous, à redevenir plus humble et à contempler notre vie du regard du sage...

Écrit par : Kenza | 22.02.2007

je partage le meme avis que Téméraire
Cet homme qui croit toujours à sa force à ses capacités, et qui ne pensait pas qu'un jour tiendra une canne avec la mains, qu'un jour marchera à trois, qu'un jour on lui cède la place avec pitié... Je pense qu'il fait des reproches avec son son regard, des reproches pour la vie qui l'a amené à cette faiblesse, physique qui à son role conduit à celle morale. C'est comme s'il fait compte à rebours pour ses années ou ses jours dans ce monde...

Écrit par : wise man | 23.02.2007

Hello Kenza,
La vieillesse ne s'explique pas scientifiquement. On sait juste que les cellules arrêtent de se renouveller à un moment donné, ensuite on dépérit.
Mais tout en nous aspire à la vie éternelle: on fait tout le temps des projets et un individu normalement constitué (je veux dire, pas dépressif ou malade) ne compose pas en vue de la mort !
Mais tu as raison, souvent c'est la vieillesse qui apporte l'humilité. Dommage parce que c'est trop tard !

Écrit par : Lilia | 24.02.2007

Salut Kenza,
A la lecture de ce texte, j'ai vu dans les yeux de ce vieillard un bébé perdu. J'ai deviné ses craintes et ses demandes. Je l'ai entendu pleurer intérieurement. J'ai d'un coup eu envie de le prendre dans mes bras et de le rassurer. Ne retombons nous pas dans l'enfance à un certain âge ?! C'est donc ma fibre maternelle qui s'est exprimée...!
C'est, peut être, ce sentiment profond que ressent une femme (une mère) dans le regard d'un vieillard. C'est surtout ce qui a procuré en moi ce regard... !

Écrit par : bakhta | 03.03.2007

Bakhta: je suis contente que mon texte t'aie parlé, que tu l'aie continué avec tes propres mots et tes propres sentiments...

c'est bien le plus beau compliment que tu puisse me faire ... merci :)

Écrit par : Kenza | 04.03.2007

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